En tant que technophile et utilisateur de longue date de l’écosystème Google, c’est un vrai plaisir de tester l’avenir des ordinateurs portables de la firme de Mountain View. Je l’ai acheté, je l’utilise au quotidien, et je vais être un peu provocateur : ce Googlebook me fait penser à une Switch 2. Une plateforme prometteuse, un matériel séduisant dès le premier jour, mais une offre logicielle qui reste à construire au fil des mises à jour.
Alors, que vaut ce premier modèle d’Acer, et surtout, que vaut GooglebookOS aujourd’hui ? Voici mon retour d’expérience du Acer Googlebook 14 ! Pour la version en vidéo, c’est juste ici :
Design : l’élégance à la sauce premium Acer
Acer fait naturellement partie des premiers constructeurs de Googlebooks, et il frappe fort avec un modèle résolument haut de gamme. La robe joue sur un noir profond tirant vers le bleu, difficile à cerner, qui apporte beaucoup d’élégance. Les contours légèrement arrondis et un fin liseré brossé complètent le tableau.
Le logo Acer est discret, son reflet assombri, tout comme les charnières. Nouveauté commune à tous les Googlebooks : la Glow Bar, qui occupe l’autre coin du capot (j’y reviens plus loin).
En main, la surprise est réelle : l’appareil paraît léger alors qu’il pèse environ 1,1 kg. Le poids est très bien réparti, contrairement au MacBook Neo que je trouve particulièrement lourd. Le châssis en aluminium et magnésium, combinaison classique du haut de gamme, offre un toucher doux et agréable.
Sous l’appareil, quatre patins arrondis (assez rares chez Acer d’après mes tests) assurent la stabilité et permettent d’ouvrir l’écran d’une seule main. On y trouve aussi, comme à l’arrière, des aérations : ce Googlebook n’est pas fanless, et le ventilateur se fait entendre dès que la charge monte.
Côté connectique, Acer mise tout sur la mobilité avec seulement trois ports USB-C Thunderbolt 4 et une prise jack. Pour brancher de l’USB-A ou de l’HDMI, il faudra passer par un adaptateur.
Enfin, la charnière s’ouvre jusqu’à 360° pour basculer en mode tablette. C’est aujourd’hui le seul Googlebook à le proposer : si c’est un prérequis pour vous, pas vraiment le choix, ou alors il faudra attendre.
Clavier et pavé tactile : un touchpad géant
L’intérieur reprend la couleur et la qualité de l’extérieur, avec une surface un tout petit peu plus rugueuse mais agréable. Ce qui frappe immédiatement, c’est le pavé tactile, énorme. Je n’en avais pas vu de cette taille depuis les Chromebooks, et c’est un vrai plaisir de ne sentir quasiment aucune frontière. Il est doux et glisse bien, mais il lui manque un retour haptique qui aurait été bienvenu à ce niveau de prix.
Le clavier reste classique dans son approche, avec une disposition propre aux Googlebooks :
- la touche G et la touche d’insertion rapide reviennent sur le devant de la scène ;
- de nouvelles touches de navigation Android permettent de revenir en arrière, d’aller à l’accueil et d’afficher les applications ouvertes ;
- une touche isole une application dans un bureau dédié, à la manière de macOS, et je m’en sers déjà régulièrement.
La course des touches est agréable pour la productivité, et le rétroéclairage est présent, un point essentiel pour moi dont j’avais ressenti l’absence sur le MacBook Neo.
Seul bémol : le lecteur d’empreintes intégré à une touche, que j’aurais aimé moins capricieux. Et la procédure d’enregistrement de l’empreinte est bien plus longue que sous ChromeOS.
Écran : le gros point fort
L’écran est indéniablement l’atout majeur de ce Googlebook. Dalle OLED tactile de 14 pouces, définition 2,8K et surtout 120 Hz : la fluidité change tout. J’ai vraiment l’impression de gagner en productivité parce que tout s’enchaîne rapidement (ce qui ne veut pas forcément dire qu’on est plus efficace, hein).
En vidéo, la fluidité s’accompagne des noirs profonds propres à l’OLED, et c’est ultra agréable. Le format 16:10, que j’affectionne pour la rédaction, offre de la hauteur bienvenue. Les bordures latérales sont fines. Attention en revanche : la dalle est brillante, et sans pousser la luminosité à fond, les reflets sont fréquents.
Au-dessus de l’écran, la webcam de 5 Mpx dispose d’un obturateur physique et filme en 2880 × 1800. Quant au système audio DTS, on est gâté, tant en puissance qu’en clarté.
Performances et démarrage
Avec son Intel Core Ultra 5, son NPU de 46 TOPS et ses 16 Go de RAM, ce Googlebook est plutôt puissant pour sa catégorie. Il gère sans peine les fonctions d’IA et garantit une fluidité constante de GooglebookOS.
Le démarrage est un peu moins glorieux : il faut 15 secondes pour atteindre l’écran de connexion, entre le logo Acer (une nouveauté côté constructeurs) et le logo Googlebook. C’est trois fois plus que certains Chromebook Plus, qui démarrent en 5 secondes, et comparable au MacBook Neo. Avec un OS plus lourd et tout juste sorti, ce n’est pas aberrant, mais cela reste une régression.
GooglebookOS : un mélange de ChromeOS, d’Android et de macOS
Le bureau
GooglebookOS, c’est pour moi un mix entre ChromeOS, Android et une pincée d’inspiration macOS. On retrouve l’étagère avec ses icônes, et un lanceur d’applications directement repris des smartphones Android. En haut, une barre d’état qui rappelle la marque à la pomme affiche l’heure, le calendrier, la lecture en cours et les notifications du Googlebook comme du smartphone. Elle donne aussi accès aux paramètres rapides, qui reprennent la structure et le design d’Android : pour un utilisateur Android, l’environnement est immédiatement familier.
Le bureau accueille désormais des icônes organisables en bulles, comme sur smartphone, ainsi que des dossiers reliés à l’explorateur de fichiers. Avoir les deux me paraît un peu déroutant : sous ChromeOS, je m’étais habitué à tout gérer dans le cloud, avec le seul dossier Téléchargements. Autre manque : impossible de faire une sélection à la souris pour supprimer plusieurs éléments d’un coup. On sent l’héritage tactile d’Android, mais c’est un incontournable qu’il faut absolument intégrer.
Les widgets, enfin
Je les attendais tellement sur ChromeOS : les widgets sont enfin là. Comme sur Android, ceux des applications compatibles sont disponibles et redimensionnables. Je me suis composé un véritable tableau de bord au démarrage avec mon agenda, mes tâches, l’actualité et la météo, le tout accessible en un clic. Sur Mac, je n’utilisais jamais les widgets car je ne m’y sentais pas chez moi ; ici, tout mon écosystème remonte et cela apporte énormément de valeur.
La déception vient de la création de widgets par IA générative, pourtant annoncée. Malgré de nombreuses tentatives, je n’obtiens que le message « Quelque chose ne va pas, réessayez plus tard ». C’est ultra frustrant : annoncer une fonctionnalité qui s’avère être une coquille vide est assez grossier. Mieux vaudrait être transparent avec la communauté et préciser les pays ou appareils concernés.
La navigation
Comme tout changement, la navigation demande un temps d’adaptation. On peut créer plusieurs pages sur le bureau, comme sur Android, et plusieurs bureaux virtuels, tous accessibles via le mode Overview, d’une fluidité remarquable. Emprunt direct à macOS, une application peut passer en plein écran et devenir un bureau dédié, une isolation que j’adore.
En revanche, la navigation entre bureaux et fenêtres manque de profondeur. Il faut systématiquement repasser par le mode Overview, là où l’on aimerait simplement balayer le pavé tactile pour changer de contexte. On s’y habitue, et des améliorations arriveront sans doute avec les mises à jour.
L’ensemble reste très fluide, aidé par le 120 Hz. On sent un environnement Android natif, et non plus la couche ARCVM de ChromeOS : le Play Store est immédiatement réactif et les animations s’enchaînent sans le moindre souci de stabilité.
On peut aussi personnaliser le comportement des coins de l’écran. J’en ai configuré un pour revenir au bureau en masquant les applications, ce que permet aussi la touche dédiée du clavier. L’intégration n’est toutefois pas parfaite : si je glisse par mégarde vers ce coin pendant une capture d’écran, la capture est annulée.
Applications : Chrome au centre, le reste en chantier
Chrome
Chrome reste le pilier de la productivité, de la communication et de la collaboration : l’esprit ChromeOS est préservé. Il s’agit ici de la version Android du navigateur. Je n’ai noté qu’un seul épisode d’artefacts graphiques, déjà croisé sous ChromeOS sans en connaître la cause. Chrome se met à jour indépendamment via le Play Store, comme les autres applications système. Google peut ainsi déployer des nouveautés sans mettre à jour tout l’OS, et c’est une excellente chose.
Mon benchmark maison consiste à ouvrir des onglets YouTube. Avec 20 onglets, ni Chrome ni l’OS ne bronchent, même si la RAM occupée passe d’environ 8-9 Go à 13 Go. Deux reproches majeurs toutefois :
- impossible de passer d’un onglet à l’autre en balayant à trois doigts, mon raccourci fétiche, réservé à ChromeOS ;
- pas de multiprofil Chrome dans une même session, alors que Windows et macOS le permettent.
C’était justement la promesse du projet Lacros, qui séparait le navigateur de l’OS. Avec plusieurs profils professionnels, je dois m’authentifier directement dans chaque service, ce qui n’est pas une mince affaire. Google a annoncé que le multiprofil arriverait bientôt, ce qui me rassure. Et puisque nous sommes sous Android, un « profil professionnel » lié à la session, comme sur smartphone, permettrait d’utiliser simultanément ses environnements pro et perso. Vivement que cela arrive, si c’est bien prévu. On comprendrait alors l’exigence d’au moins 16 Go de RAM.
Les applications Android
Les autres applications passent uniquement par le Play Store et par Linux. Certaines portent la mention « Conçu pour les ordinateurs », censée garantir une bonne expérience sur grand écran : Fantastical, Notability ou CapCut Pad (la version tablette). J’ai tenté un montage sur CapCut : cela fonctionne, mais l’import de vidéos depuis Google Photos fait planter l’application.
Adobe Premiere, mis en avant lors des annonces, se fait discret, et je crains une version limitée, loin de l’édition Pro de Windows et Mac. Pour séduire les créateurs de contenus, il faudra de vraies applications professionnelles, pas seulement des outils optimisés pour les Shorts. On trouve tout de même Photoshop, LumaFusion et même la suite Office parmi les applications optimisées.
N’oublions pas qu’il s’agit d’une plateforme Intel : les applications Android y sont en principe moins bien supportées, surtout les plus gourmandes en graphismes. Je suis curieux d’avoir vos retours sur les modèles ARM, notamment Snapdragon.
Le jeu
J’ai lancé mes jeux de test habituels :
- Asphalt Legends tourne parfaitement en qualité haute, sans ralentissement. Graphiquement, j’ai toutefois l’impression d’un rendu un chouïa moins travaillé que sur puce ARM, avec des contours trop nets qui laissent deviner les pixels.
- Roblox fonctionne à merveille. L’OLED sublime les environnements sombres, et je découvre des détails absents sur les Chromebooks, comme sur une vraie version Android ou PC.
- Genshin Impact affiche un monde où une partie des textures manque. Je n’ai pas trouvé l’option pour augmenter les graphismes et j’ai préféré ne pas retélécharger tous les paquets ; je retesterai plus tard.
Il reste visiblement du travail d’adaptation, côté OS comme côté éditeurs. Pour les jeux AAA, je recommande toujours le cloud gaming via GeForce Now, qui fonctionne bien. Mais faute d’optimisation, impossible de dépasser la Full HD. Que Google pousse autant GeForce Now, offres à l’appui, sans vérifier ce genre de détail, ça fait un peu mal.
Antigravity et le vibe coding
Google Antigravity est intégré nativement. Cet outil permet de créer des applications de tous types grâce à l’IA, ce qu’on appelle le vibe coding. Il dispose même d’une partition dédiée dans le système de fichiers. Lors de mes essais, j’ai facilement créé une application Android exécutable directement sur le Googlebook : un vrai gain de temps.
Linux
La machine virtuelle Linux est toujours là, avec un terminal pour coder comme sous ChromeOS. Je l’ai utilisée pour faire tourner un serveur web et tester mon site The Mountain View Deals en développement. En revanche, les interfaces graphiques ne sont pas encore prises en charge : impossible d’installer Chrome sous Linux pour contourner l’absence de multiprofil. Google a confirmé que c’était dans sa feuille de route, mais c’est une coquille de plus au lancement.
Gemini : une intégration réussie, mais hétérogène
L’une des grandes promesses du Googlebook est l’intégration de Gemini Intelligence, et elle est globalement réussie. Bonne nouvelle : aucun abonnement n’est nécessaire pour en profiter. Plusieurs portes d’entrée existent :
- G + Espace : le moyen le plus rapide d’interroger le chatbot. L’effet visuel est sympa, et la fenêtre peut se réduire en bulle pour ne pas gêner.
- Gemini Live : la conversation est fluide, on peut partager tout son écran et enchaîner les échanges.
- Magic Pointer : on secoue la souris (sensibilité réglable) pour cibler une image ou un texte à l’écran. J’ai ainsi demandé une illustration à partir du texte d’un de mes articles, avec un très bon résultat.
- L’application Gemini : pour retrouver ses Gems, son historique et discuter plus longuement.
Mon seul reproche : chaque fonctionnalité affiche ses résultats dans une fenêtre différente, avec parfois un renvoi vers l’application Gemini. Ce manque d’homogénéité peut agacer les plus exigeants.
Coup de cœur en revanche pour Rambler, la dictée vocale intelligente. Elle gomme les hésitations et les onomatopées, puis structure proprement le texte. Un appui sur la touche dédiée et c’est instantané.
Glow Bar : un gadget pour l’instant
Google a beaucoup communiqué sur la Glow Bar, mais pour moi, c’est surtout un signe distinctif. Elle s’allume pendant les sessions Gemini Live, que l’on ne lance pas en permanence, et brièvement lors de la recharge.
En easter egg, une application « Disco » propose des animations (j’aime bien l’effet Matrix pendant le vibe coding), mais elles ne durent que quelques secondes. Et comme elle est sur le capot, la Glow Bar profite surtout à votre entourage. Au moins, tout le monde saura que c’est un Googlebook.
Interopérabilité avec le smartphone
Avec mon Pixel 10 Pro XL, c’est mieux que sous ChromeOS, sans être parfait. La fonction « Continue On », qui reprend sur le Googlebook l’onglet Chrome ouvert sur le smartphone, marche parfaitement. Je n’ai en revanche pas réussi à faire de même avec une application Android, alors que Google l’avait annoncé.
Le streaming d’applications progresse : sur un même réseau, la liste des applications du téléphone s’affiche de façon stable dans un lanceur dédié, là où ChromeOS peinait parfois à l’afficher. Le streaming fonctionne dans la majorité des cas, avec une image visiblement compressée. C’est pratique pour dépanner, par exemple piloter un objet connecté ou consulter ses statistiques sportives. Dernier souci : le clavier semble traité comme un QWERTY avec disposition AZERTY forcée, si bien que les lettres fonctionnent mais pas la rangée des chiffres.
Mode tablette
Le poids contenu rend la tenue en mode tablette agréable. Pour le jeu, tout dépend du titre : l’écran étant grand, certaines commandes tactiles sont difficiles à atteindre en continu. La convertibilité brille surtout pour la lecture web ponctuelle et la vidéo. On se retrouve clairement face à une grande tablette Android, avec un bureau qui s’adapte et des réflexes qui reviennent. Sur la durée, la tenir reste fatigant ; je préfère largement le mode tente.
Écran externe
La connexion à un écran externe fonctionne bien en 2560 × 1440 sur un moniteur iiyama. Sur mon écran ultra-large, la connexion ne réussit pas à chaque fois, mais j’arrive à pousser jusqu’à 5120 × 2160. La machine semble alors un peu plus à la peine, sans que cela gêne l’usage.
Autonomie : 8 à 10 heures
En usage mixte (navigation web, outils collaboratifs et quelques vidéos, sans luminosité maximale), l’autonomie tourne autour de 8 à 10 heures. J’imagine que l’écran OLED est le plus gourmand. La charge rapide est convaincante : environ 50 % de batterie récupérés en 30 minutes. Étant presque toujours branché, je suis peu regardant sur ce point, mais je suis curieux de voir ce que donneront les modèles Qualcomm.
Verdict
L’Acer Googlebook 14 est une belle machine, desservie par un GooglebookOS qui manque encore de maturité. Les imperfections sont trop nombreuses pour ne pas donner l’impression d’un lancement précipité. Aucune n’est bloquante, mais à plus de 1 000 €, la pilule est difficile à avaler face à des concurrents aboutis. L’écran OLED tactile 2,8K à 120 Hz et les 16 Go de RAM justifient toutefois en partie le prix.
Pour un passionné comme moi, ancré dans l’écosystème et amateur d’expérimentation, l’expérience globale reste bonne. J’adore travailler avec les widgets et la fluidité permise par le matériel, et Gemini devient vite un réflexe une fois les raccourcis maîtrisés. La stratégie de Google est limpide : séduire les utilisateurs Android avec une expérience proche de macOS, l’IA en plus. Et les mises à jour viendront combler les manques.
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